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mercredi 11 janvier 2012

Mount Abu – Mercredi 11 janvier 2012 – 315km – 8h49



Mount Abu (Rajasthan) – 22 000 habitants



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Khuri - Mount Abu - 315 km - 8h49



Mount Abu est une montagne dressée en plein milieu de nulle part, au sud du Rajasthan, à la limite avec l’Etat du Gujarat. En fait, le sud-est du Rajasthan est montagneux, à l’opposé du nord qui est plat et désertique. Mais pas de pré-montagne ici. Les hauteurs apparaissent soudainement. C’est plat, puis au loin, on voit des massifs culminant à 600 mètres tout d’abord, et dans l’ombre les sommets à 1200m.

Mount Abu est la destination verdure / fraicheur pour les Indiens habitant à proximité – sud du Rajasthan et Gujarat. On y vient s’y reposer. C’est très intéressant de voir une ville touristique locale, je veux dire, faite pour le tourisme indien. Pour une fois, pas d’Occidentaux, pas d’hôtel ou de quartier backpackers, mais des hôtels et restaurants de tourisme, ainsi que des activités de loisirs telles que boules en plastique flottant sur l’eau, des pédalos, et des boutiques de jouets en plastique et de photo. On y trouve même des appareils photo à louer !

D’un côté je ne me sens pas trop à ma place, d’un autre côté c’est très intéressant de voir ce côté de l’Inde. Authentique et culturel. On appréciera notamment la présence d’une Tour Eiffel de 10m de haut à l’entrée de la ville !
En fait, il n’y a pas trop de loisirs pour un non-Indien ici. La route montant à la station d’altitude est jolie, le lac apporte de la fraicheur, … et … ben voilà quoi. Je monte au point culminant du coin, envahi de boutiques, vais voir un coucher de soleil sur les plaines au pied de la montagne et discute le bout de gras avec un groupe de jeune du Gujarat en voyage pour quelques jours.



Vue depuis la route d'accès au sommet


Les temples de Delwara (temples Jain), dentelle de pierre

Pardon, j’oubliais une visite exceptionnelle : des temples Jain (une religion déviant de l’Hindouisme) ont été construits ici il y a quelques siècles. Pour éviter le risque d’une destruction par les armées d’envahisseurs, ces temples sont dissimulés : ils sont construits dans un renfoncement de la colline et les toits sont dépouillés afin de masquer les richesses intérieures. Et en effet, je suis resté sans voix  devant tant de beautés. L’intérieur des temples est entièrement travaillé à la main dans la pierre, colonnes, poutres et plafond formant une véritable dentelle de pierre. Des milliers de travailleurs ont sculpté les éléments pendant quelques dizaines d’années. Chaque centimètre carré est orné, le résultat est époustouflant.

Je quitte la visite guidée (en Hindi, donc pas vraiment compréhensible) pour me contenter d’admirer la beauté du site. Les photos sont interdites ici, et je ne garde les souvenirs que dans ma tête. Après tout, comme je me dis régulièrement, certains souvenirs ne sont pas faits pour être figés mais plutôt gardés en mémoire, et c’est aussi bien ainsi.



Le tourisme indien en Inde

Tour Eiffel à l'entrée
de la ville
Badal m’a confié que Mt abu était sa destination préférée en Inde (donc au Rajasthan), je le comprends, mais c’est trop touristique pour moi. Parlons un peu du tourisme local.  C’est une bonne chose qu’une classe moyenne puisse devenir assez riche pour pouvoir prendre des vacances et se déplacer vers des sites touristiques. D’autre part, les Indiens sont dans les lieux touristiques aussi négligents qu’ils le sont dans leurs villes : les sites deviennent très vite sales et pollués (pollution visuelle, sonore et odorante) et se contentent parfois de mitrailler ou filmer sans s’intéresser à l’histoire du site, ou à la beauté des lieux.
Le "Sheraton"
Il se peut que nous soyons pareils chez nous, je suis parti il y a trop longtemps pour m’en rendre compte, mais j’espère bien que non ! Pour sûr, nous avons au moins une vraie politique de protection de nos sites exceptionnels. Bref, cela fait partie du développement du pays. Mais je ne peux m’empêcher de sourire en pensant aux paragraphes de nos guides touristique « respectez les lieux, vous n’êtes pas chez vous, ne salissez pas, etc… ».
Et voici le "Hilton" !
Il faudrait le signaler aux locaux qui sont bien plus nombreux que les étrangers, et qui font bien plus de mal aux attractions que nous.



Je souligne aussi qu’ici – en Inde en général, les tarifs de visites sont différents pour les locaux et les étrangers, le prix variant de 1 à 10. Une visite de musée coûte environ 0,40€ pour un Indien, et 4€ pour un étranger… Les étrangers constituent environ 20% des visiteurs (grosse, très grosse maille).


Temple installé au point culminant de Mount AbuAlbum photo : Inde 15. Mount Abu (picasaweb)

lundi 9 janvier 2012

Jodhpur, lundi 9 janvier 2012 – 313km, 6h53



Jodhpur (Rajasthan) – 846 000 habitants



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Khuri - Jodhpur - 313 km - 6h53



Pas trop de choses à dire sur cette ville, ce qui ne m’empêchera sûrement pas d’en écrire des tartines. La route a été particulièrement sympa. Il faut croire que je suis désormais à l’aise sur la moto. J’ai du passer le cap de la découverte et Suzy (ma moto) et moi sommes désormais « BFF » (Best Friends Forever). Le climat est bien plus agréable et cela joue certainement aussi. J’ai réussi à partir tôt, au lever du soleil et j’ai pu jouer une reconstitution de cette matinée tant appréciée sur la nationale 7 à Madagascar, sortant du massif de l’Isalo où les ondulations de la route me faisaient voir plusieurs lever de soleil d’affilée, au fur et mesure que la voiture montait et descendait les minuscules collines.

La partie bien plus intéressante se situe plus tard cependant. J’ai décidé de prendre les chemins de traverse pour me rendre à Jodhpur. J’ai le temps, un podcast intéressant (je commence à écouter Franck Ferrand me raconter l’histoire de France - podcast « Au cœur de l’Histoire » – Europe 1, que je recommande chaudement), alors je coupe à travers champs et me voici sur les routes de campagnes, en piteux état, mais au cœur des villages et de la vie locale. Et c’est bien mieux que l’autoroute barbante et du reste, dangereuse.

Etant parti de bonne heure, j’arrive assez tôt à Jodhpur et coup de chance, une chambre est disponible dans la guesthouse où je souhaitais aller. Tout roule. Sauf la moto, qui perd encore de l’huile … bilan : un aller simple vers le technicien Enfield local pour qui le verdict est sans appel : il faut cette fois changer le piston, j’ai roulé bien trop vite et ça a chauffé. J’appelle le loueur de la moto pour demander conseil, et avant même d’avoir le temps de demander s’il paiera une partie des réparations, il me dit de confirmer au mécano que l’intégralité sera payée par moi … chouette …

Puis je fais un tour en ville. L’attraction locale, c’est le marché et sa tour de l’horloge. Il suffit de voir la densité d’Européens au mètre carré pour le comprendre. Mais après une semaine loin des sentiers touristiques, je ne me sens pas trop à l’aise et préfère me poser sur une marche d’escalier à manger des cacahuètes plutôt que me balader et me faire harceler par les vendeurs d’épices, de souvenirs et autres bibelots sans intérêts (pour moi).



Le fort de Jodhpur, impressionnante forteresse

La vue sur le fort depuis la terrasse de la guesthouse est magique. Ce fort aussi est construit sur un rocher de quelques dizaines de mètres de haut et domine la ville. Je m’y rends le lendemain et profite du calme en le visitant, audioguide planté dans les oreilles (pas trop mal fait, si l’on met de côté le fait que le numéro 27 suit le numéro 19, que le 20 est en fin de parcours et que 25 et 26 manquent …). Contrairement à la ville de Jaisalmer qui s’est construite à l’intérieur de murailles, Jodhpur s’est construite au pied du fort qui n’a servi que de résidence au Maharaja et de protection pour les habitants de la ville. Un peu comme nos châteaux forts à nous quoi. Mais quelques siècles plus tard. C’est pourquoi je décrivais il y a quelques jours le Rajasthan comme un état où ont coexisté au XXe siècle moyen âge et période contemporaine.

L’attraction qui permet de profiter de l’endroit est une succession de tyroliennes. Ce tour créé par un Anglais et construit avec du matériel de qualité (le prospectus insiste sur la conception Suisse et le matériel Français) permet de sortir du fort et l’observer de plus loin, tout en glissant le long des câbles en acier. C’est un peu cher, mais cela vaut vraiment la peine ! J’y rencontre un couple de Suisses très sympa que je croiserai plusieurs fois lors de mon séjour en Inde.

Vu du haut, la ville de Jodhpur est bleue. Les maisons sont peintes de cette couleur, parce que c’est la tradition et que cela forme un bel ensemble, et également parce que cela repousserait les moustiques.

Petit tour à l’atelier pour récupérer la moto qui a retrouvé son plum plum plum plum typique (je me demande vraiment si Royal Enfield a fait breveter ce son) et je file vers le Taj Mahal du Rajasthan.

Un palais de marbre se dresse non loin du fort. Sa particularité ? ou plutôt ses particularités (triples) ? Il est construit d’un marbre tellement fin qu’il est transparent et l’on voit la lueur du jour à travers. D’autre part il domine la ville et ses jardins sont reposants. Enfin, il abrite une cache citée sur le site geocaching.com et c’est la première que je trouve !

La boîte trouvée au creux
d'un arbre à Jodhpur
Le site geocaching.com recense des boîtes cachées à travers le monde par ses membres. Dans chaque cache, une liste des gens qui ont trouvé la cache, et parfois un ou plusieurs objets que l’on peut prendre (à condition de les remplacer). Coordonnées GPS, photos et description aident à trouver les caches. C’est une chasse au trésor mondiale que j’ai découverte à Hanoi. Cependant, parmi le peu de caches que j’ai cherchée jusque-là, celle ci est la première découverte ! La première d’une longue série qui m’animera pendant tout le voyage et m’aidera à découvrir pas mal d’endroits insoupçonnés.




Le bazaar de Jodhpur autour de la tour de l'horloge



samedi 7 janvier 2012

Khuri, Samedi 7 janvier 2012 – 55km – 1h20


Khuri (Rajasthan) – env. 1 000 habitants



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Jaisalmer - Khuri - 55 km - 1h20



Badal, une personnalité hors du commun

Le paradis existe, je l’ai trouvé ! Qu’on me donne quelques jours de vacances et je file directement là-bas.

L’heure de route me menant à Khuri est un délice. Au milieu du sable, la route est de très bonne qualité et empruntée par très peu de véhicules. Principalement des jeeps de touristes faisant un tour dans la région. Je peux rouler à mon aise et prendre les virages façon « descente d’une piste de ski », ce qui fait tout le charme de la moto.


Une de mes plus belles rencontres de l’Inde m’attend à Khuri. Je me rends chez M. Badal, recommandé dans le Lonely planet comme quelqu’un de bien, ancien chamelier qui organise des camel safari de qualité. Il est assis sur sa terrasse quand j’arrive. Je gare la moto, puis m’assied à côté de lui. « Bonjour. – Bonjour. – Ca va ? – Ca va … » S’ensuit une courte discussion sur la pluie et le beau temps, entrecoupée de silences qui ne sont même pas gênants. Puis j’en viens au sujet principal, que lui-même n’a toujours pas évoqué alors que c’est son cœur de métier : « vous organisez des camel safaris ? – Oui. Vous voulez partir ce soir ? – Parfait. Je serai seul ? – Oui. – Parfait. »

Et c’est alors qu’il se lève, passe un coup de fil, fait un tour dans le village pour aller chercher son chamelier fétiche. En fait son neveu, qui est aussi instituteur dans l’école privée de Khuri (d’où sa bonne maîtrise de l’Anglais et son allure un peu trop guindée pour un chamelier, on voit que c’est l’ « instruit »).

Je fais un tour de village, c’est effectivement tout petit : deux routes à une voie chacune traversent le village, et l’emplacement des habitations délimitent des allées en sable, ou l’inverse … Deux, peut-être trois guesthouse uniquement. Peu de commerces. C’est calme et désert.

Badal me confie qu’il aime cet endroit reculé d’où il est originaire, qu’il n’est jamais sorti du Rajasthan, et qu’il préfère les animaux aux personnes. Il a deux chats, des vaches et des chèvres. On se ressemble et on se comprend bien.


Camel safari en solitaire

15h, c’est le départ vers le désert. Ce tour est bien plus authentique que le précédent à BIkaner. Nous partons à deux sur le chameau (en fait un dromadaire, mais allez dire « dromadaire safari », ça sonne moins bien que « camel safari » non ?), emportant avec nous gamelles, eau et nourriture. Au pas, au trot, nous faisons un tour pour arriver au milieu de la partie dunes de sables et établir le campement. Khuri est au milieu du désert du Thar, qui est constitué de sable et terre, et parsemé d’arbustes.
Par endroit cependant, des ensembles de dunes de sable s’étendent sur quelques kilomètres de long et quelques centaines de mètres de large. C’est que qui rend la ville de Sam à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest si touristique, et que je suis content d’avoir délaissée pour privilégier Khuri où l’on trouve les mêmes dunes. Moins étendues, mais suffisamment larges pour se trouver isolé par le silence avec du sable à perte de vue.

En fait de campement, le camel driver étale matelas et couvertures au sol, puis commence à cuisiner. De mon côté, je me balade dans les dunes, coure, saute, shoote photos et films puis lis mon livre allongé dans le sable en regardant le coucher de soleil tandis que les biches courent au fond de la vallée. Ca fait rêver je sais… pour tout dire, j’ai du mal à réaliser moi-même où je suis en ce moment.

Dîner à la lueur du feu : curry de légume mangé avec des chapatis (couper les chapatis, les rouler pour en faire une cuillère, saisir le curry et avaler sans tousser parce que c’est quand même très épicé tout ça !). Lassi pour arroser le dîner. C’est délicieux et je me gave, en prenant soin d’en laisser car malgré mes protestations de politesse, le guide mange après moi. C’est comme ça.

Je fais un tour pour ramasser du bois puis entretiens le feu pendant que je lis mon livre sous les étoiles. Rapide tour pieds nus dans les dunes à la lumière de la lune, Beethoven dans les oreilles pour profiter encore plus de la magie de l’endroit.

Passons rapidement sur la surprise en ouvrant les yeux en pleine nuit après le coucher de lune, juste pur découvrir un ciel noir rempli d’étoiles plus lumineuses que jamais. Mais pas le courage de prendre l’appareil photo … Une autre fois ! Petit déjeuner, et re-ballade dans les dunes à pied pour faire des photos débiles avec le retardateur. Puis retour tranquille à dos de chameau.






Séjour prolongé chez Badal

L’endroit est calme, la nourriture excellente, et on se sent chez Badal comme chez soi, ou plutôt comme chez lui, mais la simplicité du lieu en fait un très bon « chez-soi ». Il ne m’en faut pas plus pour décider de rester quelques temps dans ce coin de paradis. Je fais l’aller-retour à Jaisalmer pour prendre mes affaires et m’installer à Khuri. Je passe l’après-midi et les trois jours suivants à vivre mon programme chargé : petit déjeuner, installation sur la terrasse, lecture, déjeuner, sieste, lecture, marche vers les dunes pour admirer le coucher de soleil, marche retour, dîner, lecture et tri de photo, rédaction du journal, et de temps en temps un film.

Je passe sur les heures passées à observer la vie se déroulant sous mes yeux. Les départs et retour des autres touristes en camel safari, le défilé d’animaux (chiens et chats, chameaux, vaches et chèvres), les enfants allant et revenant de l’école, la traite des vaches. Un matin, je me lève plus tôt et pars courir 1h30 – 10km dans les dunes de sable, au lever du soleil et au milieu des biches et autres chameaux.

Je tiens à signaler deux anecdotes. La première : cette touriste polonaise qui admire le coucher de soleil sur les dunes. Elle voyage en taxi privé depuis Delhi et incarne le tourisme « de loin » dans tout ce qu’il a de plus détestable. Elle demande à son chamelier (oui, je n’ai pas précisé, mais les touristes viennent voir le coucher de soleil  à dos de chameau, c’est la sortie typique, ils me prennent pour un extra-terrestre quand ils me voient repartir à pied ; en outre, ils s’entassent sur les dunes, à chacun de trouver sa place, je suis un des rares à oser marcher quelques centaines de mètres pour avoir une vue dégagée de tout touriste) bref elle demande à son chamelier, écrivais-je donc avant d’ouvrir une parenthèse d’une longueur déraisonnable qui nous a à tous fait perdre le fil de l’histoire, de déplacer son chameau et le mettre dans le soleil couchant pour prendre de belles photos sans avoir à bouger ses fesses.
Devant le coucher de soleil
Puis, alors que l’astre rougeoie dans les nuages sur l’horizon, elle se tourne vers moi puis vers son guide « c’est fini maintenant ? on peut y aller ? ». Non seulement, non ce n’est pas fini, un coucher de soleil, c’est quand le soleil se couche, non ? Pas quand il est encore visible … et puis qu’a-t-elle besoin de demander si l’attraction est finie ? On profite de la vue, de l’instant, on n’est pas dans un tour minuté avec une précision germanique … enfin, me semble-t-il.




L’autre anecdote qui me trotte en tête, c’est ce dernier dîner chez Badal, la veille de mon départ. Il fait assez froid ce soir là, et il me propose de dîner dans la cuisine plutôt que dehors sur la terrasse. Pièce de 4 mètres sur 5, plutôt vide, avec un plan de travail en pierre dans un coin, un feu de cuisson au sol dans un autre coin (et un conduit de cheminée). Badal et moi mangeons assis par terre (j’ai droit à un tabouret en ma qualité d’invité). Les enfants et sa femme mangeront après nous. Sa femme prépare les chapatis. Elle est assise par terre, puis sa tâche terminée, se recroqueville par terre près du feu pour se chauffer et se reposer. Pendant que nous dînons juste à côté. Je ne vous cache pas que je suis plus que gêné, mais c’est le mode de vie local et je ne peux que le respecter. Même si j’ai tout de même fini au plus vite mon assiette !

Ces deux points qui me font un peu mal n’enlèvent rien au charme de l’endroit et ce n’est pas un hasard si chaque soir j’annonçais mon départ pour le lendemain, puis finalement me levais en disant : « bon je partirai demain en fait ». Le réseau téléphone lui-même passe mal. L’isolement était total. Je me suis ainsi vraiment senti libre et ayant du temps pour profiter … du temps ! Et comme je le disais en début de récit, j’y retournerai avec beaucoup de plaisir.





mardi 3 janvier 2012

Jaisalmer, mardi 3 janvier 2012 – 352km – 6h51



Jaisalmer (Rajasthan) – 58 000 habitants



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Bikaner - Jaisalmer - 352 km - 6h51


Premier incident mécanique


Certainement le bout de route le plus beau du tour. Route rectiligne, bordée de sable et occupée uniquement par quelques voitures et surtout beaucoup de chameaux. Je roule à 90km/h, c’est un vrai bonheur. La moto fait de plus en plus de bruit cependant … Ce bruit trouve son explication lors d’un arrêt à Shri Bhadariyaji pour visiter la soi-disant plus grande bibliothèque d’Asie (une énorme blague, des couloirs de centaines de mètres de long abritent plusieurs exemplaires du code civil indien et autres). Au moment de repartir, on me dit que la moto a une fuite. Oui, ben une moto perd toujours un peu d’huile, rien de grave, on dit même que si Enfield ne perd pas d’huile, c’est qu’il n’y a plus dedans ! Euh, en fait, si, là il y a une grosse fuite. Un litre d’huile au moins est sur le sol, plus intrigant, la fuite n’est pas au niveau du moteur où n’importe qui la situerait, non, l’huile est sortie par le filtre à air … Et la jauge indique qu’il n’y a plus d’huile.

Je commence par remplir le réservoir d’huile, cela ne fuit plus. Je tente de comprendre les explications des apprentis mécaniciens rassemblés autour de moi, tous aussi peu compétents en mécanique les uns que les autres. Je prends le pari de rouler ainsi jusqu’à Jaisalmer, qui est à moins d’une heure de route. Ralentir le rythme, peut-être que l’huile a trop chauffé ? J’ai roulé vite, je le reconnaît, et surtout si je roule avec très peu d’huile dans le moteur, mieux vaut ne pas le faire chauffer … La fuite coule sur le pot d’échappement et au bruit d’ajoutent des odeurs peu encourageantes.

Arrivé à Jaisalmer, je pose mon sac à l’hôtel et file chez le garage Royal Enfield du coin. Il faut changer le joint de culasse et nettoyer les circuits. Des tuyaux sont bouchés et l’huile est sortie par le circuit d’air (de l’air chaud du moteur est envoyé vers le filtre à air pour le nettoyer (du moins c’est ce que j’ai compris …)).


Couchsurfing un peu particulier à Jaisalmer.

Je file à l’hôtel géré par Ishak. C’est ici que Natacha et Adeline avaient séjourné. J’avais également croisé Ishak à Pushkar et j’espère qu’il me reconnaîtra. Et en effet, il ne m’a pas oublié. Finalement, il n’y a pas de chambre disponible, c’est la pleine saison et l’hôtel accueille groupes après groupes. Mais je suis un ami, et un ami d’ami, alors j’ai droit à un traitement spécial : gratuitement, je peux dormir dans l’entrée de l’hôtel avec le personnel. Ils installent des lits le soir, j’aurai des couvertures, et la journée je peux utiliser une salle de bain d’une chambre. Tip top, c’est comme si c’était chez l’habitant ! Je prends mon premier dîner avec Ishak et son frère, et une litanie de ce dernier me marque. Il sort toutes les expressions employées par les touristes « non, c’est trop cher, si je reste deux nuits on peut réduire le prix ?, je voyage pour longtemps, et à petit budget etc… ». Excellent de voir que les hôteliers se moquent de nous autant que nous nous moquons d’eux !


Un fort sorti des sables

Le fort de Jaisalmer est pour moi le plus impressionnant du Rajasthan. Chaque fort a sa particularité bien sûr, mais j’ai été marqué par celui-ci. Il a été construit sur un rocher qui surplombe la ville de quelques dizaines de mètres. Ainsi, on le voit comme une cité flottant au-dessus  des brumes depuis des kilomètres à la ronde. De couleur ocre vif, il se détache bien sur le fond bleu azur du ciel. Enfin, plus qu’un fort, c’est une cité fortifiée. Depuis, la ville s’est développée devant la porte d’entrée, puis tout autour du fort. Mais on imagine facilement les habitants à l’abri au sein des murs épais résistant aux sièges successifs.

En effet, l’histoire n’a pas toujours été rose, et comme partout ailleurs, les différents royaumes de la région se sont affrontés dans des guerres de territoires et autres querelles familiales.La principale défense a toujours été de tenir le siège. Avec l’honneur en toile de fond, les conséquences étaient dramatiques en cas de perte : pour éviter de livrer les populations civiles à l’ennemi, les hommes se ruaient dans l’ultime bataille afin de tuer le maximum d’ennemis tandis que les femmes s’immolaient par le feu.


Afin de m’imprégner le mieux possible de l’ambiance de cette cité je me ballade dans les petites ruelles, sur les remparts, et passe le plus clair de mon temps sur les toits à boire du thé tout en mettant à jour l’itinéraire, les photos et le journal. Oui, au Rajasthan, les maisons ont quasiment toutes un toit plat qui sert de lingerie ou salle de jeu, les hôtels ont leurs restaurants sur ces toits. Aérés et au soleil, c’est un endroit idéal pour passer son temps tranquillement.


La fausse note de ce fort c’est l’accroissement de l’activité humaine à l’intérieur des murailles. L’évacuation de l’eau n’a pas été prévue et aujourd’hui l’eau qui s’infiltre dans le sol provoque des affaissements de terrain et il a fallu renforcer les fondations. De plus en plus d’hôtels ouvrent leurs portes, et cela accroît encore plus l’utilisation de l’eau dans cet endroit qui n’y est pas adapté. La famille royale investit les recettes de la visite du musée dans la conservation du fort. Perso, je commencerais par interdire l’intérieur de l’enceinte aux véhicules. Pour toutes les nuisances que cela engendre, le bruit, la sécurité etc … Mais bon, c’est juste impossible de demander à un Indien de marcher. Nous autres backpackers passons pour des extraterrestres quand on veut marcher sur 500 mètres plutôt que de prendre un véhicule …

La moto est réparée le lendemain, et je peux partir vers Khuri, petit village de 1000 habitant au milieu des dunes où je prévois de partir en camel safari, oui, encore. Mais seul cette fois.




dimanche 1 janvier 2012

Bikaner, dimanche 1er janvier 2012 – 286km – 7h03



Bikaner (Rajasthan) – 529 000 habitants


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Sri Ganganagar - Bikaner - 286 km - 7h03


Arrivée dans le désert et premiers chameaux.


L’hôtel de Sri Ganganagar est tellement confortable que j’ai du mal à quitter ma chambre. Il faut aussi dire qu’il fait très froid dehors et que la douche est chaude ici. Après un petit déjeuner gargantuesque je commence la route par deux heures des plus banales, puis parvient enfin aux portes du désert. Sur le GPS, le fond de la carte passe du vert au jaune-orange, et niveau visuel, les paysages de villes et de forêts laissent la place au sable et aux arbustes. Je me régale de ces paysages. Du désert à perte de vue.
Tantôt dunes, tantôt champs. Mais toujours recouvert d’arbustes ou de petits arbres ne dépassant pas les quelques mètres … arbustes, quoi.

La route à deux voies n’est pas d’excellente qualité, mais je me fais tout de même plaisir en roulant assez vite pour « voler » au-dessus des imperfections et des nids de poule. Cerise sur le gâteau : les chameaux. Enfin, dromadaires, mais ici on dit chameau, c’est plus commun. 
Alors que dans tout le reste de l’Inde les bœufs sont utilisés pour tirer charrues et chariots, ici les chameaux sont les animaux de traits. Allant à l’amble, leur démarche décontractée et leur bouille nonchalante sont une excellente distraction et je m’arrête très souvent pour les observer, les prendre en photo. Je ne sais pas encore que je vais passer plus d’une semaine au milieu d’eux et que j’aurai tout le temps de les observer plus tard.

Je déjeune au bord d’un canal. Tomates, cacahuètes et carottes achetées la vieille au marché. C’est frugal mais très bon. J’en profite pour souligner encore une fois l’importance du réseau fluvial indien. Je traverse suffisamment de canaux pour comprendre que les Indiens (et les Anglais avant eux) ont pris à bras le corps le problème de l’eau dans les régions désertiques. Même si l’accroissement de la population fait que l’eau est critique au Rajasthan, il y a de quoi alimenter les villes et les cultures grâce au réseau de canaux apportant l’eau des hauts plateaux du Ladakh vers le désert du Thar.


Bikaner, entrée au Rajasthan, ferme aux chameaux et temple des rats

Ganganagar était la première ville visitée au Rajasthan, mais l’on n’y ressentait pas encore l’ambiance désertique et chaude qui caractérise cet Etat. A Bikaner, on retrouve l’odeur de lait caillé, les rues et ruelles désorganisées, la poussière et la saleté, les forts et temples typiques du Rajasthan.

Après quelques errements je trouve la meilleure guest house du coin. Une vieille maison avec des plafonds de 4 mètres au moins, de lourdes portes en bois, des chambres immenses d’une autre époque. Une seule longue table commune où tout le monde prend le petit déjeuner et le dîner en même temps. C’est une vraie étape backpackers et j’y rencontre un couple d’Anglais, une Allemande et deux Afghans frère et sœur. Ensemble, nous errons dans la vieille ville et son bazar, nous nous restaurons au garden café, installé dans un temple local (quand je dis au  gérant que c’est bizarre de voir un restaurant dans un temple, il me rétorque : et où avez-vous vu que ça ne se faisait pas ? … – euh, partout ?) (très bon accueil cependant, et ce gérant m’a donné également énormément de bons conseils sur Bikaner et la route vers Jaisalmer).





Enfin nous visitons la ferme aux chameaux. Cette ferme et « centre d’étude et de recherche sur les chameaux, le plus grand d’Asie » - en même temps, il ne doit pas y avoir beaucoup de centre de recherche de ce type en Asie … regroupe plus d’une centaine de chameaux. Ils sont nourris et soignés au centre, et loués pendant la journée aux villageois des environs. Le centre héberge également des mâles reproducteurs et élève et dresse les nouveaux nés.

Jamais vu autant de chameaux d’un coup !




Je visite mon premier fort du Rajasthan. Cet état est en pleine transition entre moyen-âge et temps modernes (je développerai ce point plus tard) (et encore une fois, il n’engage que moi). Les forts représentent l’ancrage dans le moyen-âge. Les maharajas ont régné sur leurs terres jusqu’au rattachement du Rajasthan à l’Inde indépendante.
C’est-à-dire que les châteaux étaient encore en fonction au milieu du XXè siècle. A Bikaner, on visite les appartements royaux, la partie réservée aux femmes, les cours de réception, et de tout en haut on a une belle vue sur la ville.




Nous faisons enfin étape au temple des rats. Ce n’est pas le nom officiel, ce temple étant dédié à une des innombrables déités du panthéon indien (« choisis-en une », comme dirait l’ami anglais). Non, pourquoi les rats ? Le rat en tant que moyen de transport d’un des dieux indiens est un animal sacré (au même titre que la vache, le crocodile et beaucoup d’autres). Au lieu de le chasser, on le vénère et on le nourrit. Dans ce temple, on disperse des graines pour permettre aux milliers de rats de s’ébrouer joyeusement dans l’enceinte. Et pieds nus, les Indiens vont, fervents mais apeurés, prier vers la statue du dieu.




Au retour, j’échange ma moto contre une Enfield 500cc, la puissance est impressionnante ! J’adore.


Célébrer la nouvelle année dans le désert

Départ en camel safari
J’ai hésité entre partir en « camel safari » dans le désert à Jaisalmer, capitale du camel safari en Inde ou à Bikaner – proche du désert, mais moins réputée. J’ai finalement opté pour l’option moins réputée, ce qui implique moins chère, plus authentique et moins touristique. Et bien m’en a pris. Le propriétaire de la guest house, en ancien « camel driver » organise des safaris. La patronne nous regarde lors du petit déjeuner et nous annonce « alors c’est décidé, vous partez tous en safari demain ? ». Euh … oui, ben on n’en avait pas beaucoup discuté, mais votre air persuasif semble prendre la décision à notre place, alors … oui !

Nous voici tous les 5 partis en voiture vers le point de départ (pour mémoire, un couple d’Anglais, le frère et la sœur Afghans, une Allemande). Coup de chance, tout le monde est sympa. C’est toujours le moment délicat des tours organisés : avec qui va-t-on partir ? Avec les touristes un peu lourds qui ne parlent pas Anglais ? Avec les  kitchs qui s’étonnent de tout et posent des questions débiles ? (ou ceux qui disent sans arrêts « ah oui je le savais, si souviens-toi, on l’a lu dans le guide »), ou enfin les autistes qui ne parlent à personne ? Bref, dans le cas présent tout le monde a eu le temps de s’apprécier et il y a une bonne ambiance entre tous. J’aimerais dire que je ne suis pas étranger aux causes de cette dynamique mais ce serait assez prétentieux donc je m’abstiens.

Chacun choisit son chameau, et la première étape est de rester dessus alors qu’il se lève. Cet animal qui semble confus dans ses mouvements se lève en trois étapes. D’abord sur les genoux, puis on soulève l’arrière-train, jambes tendues, et enfin les pattes avant se redressent. Pour le passager, cela signifie grand bond en l’air et vers l’arrière, puis poussée vers l’avant et enfin tout se rétablit (si l’on est toujours sur le dos de l’animal). Nous partons ensuite à un rythme tranquille à travers villages et étendues désertiques.
Le chameau, au pas, va à la même vitesse que l’homme. Ce qui fait que le camel driver marche à côté de son chameau pendant que nous avons mal aux fesses sur la selle. J’exagère, enfin pas trop. C’est confortable, mais après plusieurs heures, la pause déjeuner, puis l’arrivée au campement font du bien. Au cours de la traversée, nous apercevons plusieurs biches, renards du désert et aigles.



Chai en admirant le coucher de soleil, puis le groupe de musique arrive. Attention, grand moment : après trois chansons, le groupe décide de demander son pourboire et annonce qu’il n’y aura qu’une seule autre chanson !! Heureusement que l’afghan – qui vit au Pakistan, peut parler avec les musiciens et nous traduire les textes des chansons (qui parlent d’amour, de lune et d’amour encore – comme c’est surprenant !) et rendre le moment un peu plus intéressant. Le dîner est servi et nous nous régalons du curry de légume, du riz et des chapatis. Comme lors des dîners et déjeuners partagés ensemble, je remplis mon rôle de trou sans fond et finis les plats.

Trouver du bois dans le
désert ... pas simple !
Notre groupe s’est agrandi d’un couple de Hollandais ayant réservé un autre package, mais étant, semble-t-il, censés rester avec nous. Personne n’est au courant. Mais ils sont bien sympas et c’est un plaisir de les avoir.

Autour du feu de camp nous commençons la veillée de la St Sylvestre. Nous avons demandé plus de bois à notre guide qui a tenté le bluff « mais si, il y a assez de bois pour toute la nuit ……  - sûr ????? ». Bref, plusieurs fois nous partons à la lueur de la lune … chercher du bois … dans le désert … mais bien sûr ! Heureusement il y de la broussaille et le feu survit.



Pendant 4 heures nous racontons des histoires, partageons nos souvenirs de voyages, évoquons l’avenir, imaginons où sont les villages alentours et quelle tente sera attaquée en premier par les bandits, souhaitons accélérer le temps car c’est long 4h autour d’un feu ! Le tout arrosé par le rhum local offert par le propriétaire de la guest house (littéralement arrosé – cf au-dessous).

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, bonne année !!!!! Je jette le reste de rhum dans le feu en guise de feu d’artifice (l’effet est au delà de nos espérances … pas sûr que boire le rhum était une bonne idée). Puis encore quelques discussions, et tout le monde se couche.


Je me transforme en David Copperfield
et fais apparaître le feu d'un claquement de doigt.

Je suis très optimiste en comptant commencer l’année par un lever de soleil dans le désert. Ce matin c’est brume. On ne voit rien à l’horizon et il faudra attendre 10h pour voir le soleil émerger du brouillard. Retour à la guest house où je passe une nuit de plus avant de partir vers Jaisalmer.

Ce nouvel an est le plus insolite de tous : loin de tout le monde, dans le désert, dans le froid autour d’un feu de camp, avec 6 autres personnes inconnues, de 4 pays différents et sous les étoiles. Je ne peux m’empêcher de penser à la famille et aux amis qui sont au champagne partageant le saumon fumé (pas en même temps j’espère), mais je n’échangerais ma place pour rien au monde. L’an prochain, le nouvel an sera entre amis en France. Chaque chose en son temps.